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In-8 (138 x 91 mm) de 8 ff.n.ch. et 80 ff.n.ch.; 27 lignes plus le titre courant, lettres rondes ; maroquin bleu, dos à nerfs rehaussés de roulettes, compartiments de filets ornés d’un grand W frappé, alternativement, sur le cuir bleu de la reliure ou sur une pièce de maroquin rouge, trois filets en encadrement sur les plats ornés, au centre, d’un grand W couronné, la même lettre frappée dans les angles, gardes de papier marbré, dentelle intérieure, roulette sur les coupes et les coiffes, tranches dorées sur marbrure (reliure du XVIIe siècle), conservé dans une boîte moderne de maroquin rouge.
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B. Croce, Di un antico romanzo spagnuolo relativo alla storia di Napoli. La Question di Amor, Naples, 1894 ; Brun, p. 167 ; Palau 243468 ; Brunet, II, 548 : « livre rare » ; Charles d’Orléans, Ballades et Rondeaux. Edition du manuscrit 25458 du fonds français de la BnF, ed. Jean-Claude Mühletaler, Paris, Lettres gothiques, Le livre de poche, 1992 ; les deux poèmes de Charles d’Orléans ne figurent pas dans Lachèvre, Bibliographie des recueils collectifs de poésies du XVIe siècle, Paris, Champion, 1922.
Édition originale de la traduction française de ce célèbre roman sentimental espagnol enrichi, à la fin du volume, de deux ballades de Charles d’Orléans : Veuillez vos yeulx emprisonner et C’est grand peril de regarder.
Le volume est illustré d’un bel encadrement architectural entourant le titre et portant l’emblème de Denis Janot (le chardon), de 31 vignettes et d’initiales ornées, le tout gravé sur bois. Marque typographique de Denis Janot au verso du dernier feuillet.
Ce texte, que certains bibliographes ont attribué à l’écrivain espagnol Diego Hernandez de San Pedro (1437-1498), est la traduction anonyme d’un ouvrage intitulé Question de amor et dos enamorados, composé de dialogues et de lettres, en prose et en vers, et publié originellement à Valence en 1513. Les nombreuses allusions historiques de l’ouvrage, dont l’action se déroule à la cour de Naples, ont été étudiées par Benedetto Croce.
Le Débat, qui connut un grand succès, peut être considéré comme l’un des ancêtres du roman précieux du XVIIe siècle. Gustave Reynier a en effet démontré que les traductions françaises « des Question de amor comme les Paradoxes d’Amour du sieur de la Valletrye (…) ont fourni aux auteurs de romans des idées, des exemples de discussions bien conduites ; ils ont surtout contribué à entretenir dans un certain public le goût des conversations » (cf. Le Roman sentimental avant l’Astrée, 1908, pp. 248-249).
Ces « conversations », sont les moments où le récit baroque se fige et où la parole prétendument proférée s’insère dans le texte écrit. Leibniz appréciait ces mises en abyme de la fiction dont regorgent l’Astrée et les romans de Jean-Pierre Camus, de Gautier de La Calprenède ou de Madeleine de Scudéry.
Deux poèmes de Charles d’Orléans sont imprimés à la fin du volume. Il s’agit de deux célèbres Ballades, parmi les plus anciennes, c’est-à-dire composées avant la longue période d’emprisonnement en Angleterre (1415-1440) : Veuillez vos yeulx emprisonner et C’est grand peril de regarder (f. 79). Leur leçon ne suit pas le manuscrit des poésies, en partie autographe (BnF Ms. 25458), repris dans l’édition originale donnée par Chalvet en 1803. Pourtant, il s’agit bien des Ballades 2 et 3, insérées auparavant dans tous les manuscrits connus, ainsi que dans les trois premiers livres imprimés qui diffusèrent la poésie de Charles d’Orléans : le Jardin de Plaisance de 1501, Le Triomphe de l’Amant vert de Jean Lemaire de Belges publié en 1535, et la Chasse et le Depart d’Amours imprimé en 1509 pour Antoine Vérard (1509). La leçon du Débat suit mot à mot celle de l’édition de Vérard (f° R2).
Ravissant exemplaire, très finement relié au XVIIe siècle en maroquin bleu nuit. Le chiffre ornant la reliure – un W en capitales romaines, simple ou couronné – était autrefois attribué au duc de Sully, le ministre de Henri IV. Isabelle de Conihout et Pascal Ract-Madoux ont corrigé cette erreur dans leur catalogue de l’exposition de Chantilly (Reliures françaises du XVIIe siècle. Chefs-d’oeuvre du Musée Condé, Paris, 2002). La reliure de cet exemplaire est en tout point semblable à celles que les deux auteurs qualifient de « reliures au grand W » (n° 33 et 34), datées des années 1695-1700, et dont on connaît douze spécimens. Ces reliures forment un sous-groupe à l’intérieur de celui dénommé « groupe 4 », où prédominent les noms de Jérôme Duvivier, d’Antoine Leriche, de René-François marquis de La Vieuville et de cet autre « curieux », pour l’instant encore anonyme, qui utilisa ce « grand W » couronné.
Ces amateurs partageaient les mêmes goûts et s’attachaient à faire relier avec raffinement le même type de livre. « C’est dans le milieu des « curieux » parisiens, à l’extrême fin du XVIIe siècle, qu’ont fait leur apparition des reliures spécialement destinées à recouvrir des livres rares. Ces reliures ont en commun deux caractéristiques : elles ont été exécutées exclusivement sur des livres français ou traduits en français » (op. cit., p. 64).
Ouvrage d’une grande rareté : il manque à la Bibliothèque nationale de France, et le Catalogue collectif ne signale qu’un seul exemplaire (Versailles BM).
Petite reprise de quelques lettres à la plume sur la page de titre.
Provenance : bibliothèque Gaignat (lot 2146, mention autographe de de Bure à l’encre brune : n° 530 au verso de la première garde ; de la même main, un prix (19#) et une numérotation (n° 20 a 24) au recto de la dernière garde) – Charles Butler of Warren Wood (ex-libris). – Bernard Malle.
Du lundi au samedi
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